-

Carte blanche: « La culture est vivante grâce à des milliers de travailleur.euse.s. »

Retour

« Madame la Première ministre,

Mesdames et Messieurs les représentants du gouvernement,

À l’heure du déconfinement et malgré les nombreux cris d’alarme adressés au gouvernement, le secteur culturel ne bénéficie d’aucune perspective concrète de reprise.

Voilà près de 60 jours que les milliers de travailleur·euses qui vivent de ce secteur en Belgique et dont nous faisons partie, ignorent dans quelles conditions et à quelle date ils pourront reprendre leur activité professionnelle. Depuis près de deux mois, ces travailleur·euses ont perdu des emplois, des engagements à venir, des revenus – le plus souvent sans aucune indemnité – et la Commission des affaires sociales ne juge toujours pas urgent de remédier à cela.

Que faites-vous des milliers de personnes dont la culture est le gagne-pain et qui n’ont d’autre choix que de rester chez elles en attendant que la catastrophe arrive ? Que faites-vous des millions de spectateur·trices, auditeur·trices, lecteur·rices, qui se voient déjà – et peut-être pour longtemps – privé·e·s des productions et événements culturels qui nourrissent leur quotidien ?

Nous fabriquons, écrivons, interprétons, produisons, diffusons les œuvres qui pendant ce temps de confinement ont aidé des millions de citoyen·ne·s à tenir bon. Dans un contexte d’incertitude et de solitude, c’est une contribution qui fait toute la différence.

Notre secteur souffre d’une précarité structurelle préexistante que nous n’avons cessé de dénoncer. Nous exerçons nos métiers dans un système qui est un puzzle de contrats discontinus, petits boulots complémentaires, débrouille, travail non rémunéré. Tous les films, spectacles, concerts, expositions, événements culturels ne continuent d’exister que parce que nous tenons de toutes nos forces ce secteur à bout de bras depuis des années.

L’épreuve collective que nous traversons dans cette crise sanitaire nous a rappelé à quel point les conditions de vie des gens, leur santé, leur bien-être physique et psychologique ne pouvaient être mis à l’arrière-plan. Si les efforts de toute une nation ont été réquisitionnés, ce n’est pas pour rafistoler aujourd’hui des schémas qui ne fonctionnent plus mais pour faire naître une société à l’économie plus humaine, dans laquelle la culture doit avoir toute sa place.

Aujourd’hui la crise sanitaire nous touche doublement parce que nos modes de production comme de diffusion impliquent la proximité physique des personnes et que le télétravail est techniquement impossible. Il est vraisemblable qu’une majeure partie de nos activités ne pourra reprendre normalement, de manière continue et rentable avant qu’un vaccin ne soit largement disponible pour la population.

C’est pourquoi nous vous demandons de considérer les réalités indissociables de nos pratiques et d’agir en responsables en prenant des décisions sur le long terme. Pour que le secteur culturel survive, il vous faut mettre en place avant l’été un état d’exception qui durera tant que nous ne pourrons pas reprendre le cours normal de nos activités.

Nous voulons des mesures extraordinaires qui garantissent un revenu à toutes celles et ceux qui peuvent justifier d’activités artistiques régulières, et ce durant toute la période qui sera impactée par la crise et jusqu’à ce que nous puissions reprendre une activité normale.

Nous voulons que celles·ceux qui ont ouvert des droits à l’allocation chômage dit « statut d’artiste » bénéficient d’un renouvellement de leur droit sans conditions pour une année au moins après la réouverture officielle des lieux de diffusion culturelle. Nous voulons que les plus jeunes d’entre nous qui étaient sur le point d’ouvrir ces droits puissent le faire en comptabilisant les contrats annulés par cas de force majeur.

Nous demandons une analyse claire de la situation de tous les lieux d’accès à la culture (théâtres, cinémas, salles de concerts et d’exposition…) et un soutien financier adapté pour leur permettre de fonctionner « à perte » durant toute la durée de cette crise et jusqu’à ce qu’ils puissent reprendre une activité normale. Ceci afin de garantir que l’accès à la culture soit maintenu, dans le respect des normes de sécurité et de la santé de toutes et de tous.

Il est temps de prendre acte de la situation et de proposer aux artistes de ce pays et à toutes celles et ceux qui travaillent à leurs côtés un statut digne de leurs compétences et une protection sociale qui leur donne l’assurance de survivre à cette crise. Sans quoi les pouvoirs spéciaux dont ce gouvernement bénéficie auront contribué à l’abandon de toute une partie de ses citoyen·nes, et favorisé un dangereux projet de société dans lequel la culture – pourtant garante de nos démocraties – n’aurait plus sa place.

Est-ce de cela dont ce gouvernement veut être le responsable ? »

Signataires

  • -